Dans les années 1940, Dupont de Nemours lance les premiers bas Nylon. C’est immédiatement un vif succès, mais la qualité du produit provoque une stagnation des ventes. Afin de relancer les bénéfices, l’entreprise modifie la composition de ces fameux bas afin qu’ils cassent plus vite et que les ventes puissent augmenter (obsolescenceprogrammee.fr).

L’obsolescence programmée était inventée. Jusqu’à ces dernières années, l’objectif était de favoriser, voire forcer la consommation. Les modes, annuelles, saisonnières, mensuelles, de plus en plus rapprochées, provoquent une obsolescence, non pas du produit, mais du désir de l’avoir.
Au-delà même du dictat de la mode, les produits sont devenus de plus en plus complexes, monolithiques, à tel point que la défaillance d’un composant les rend la plupart du temps inutilisables et impossibles à réparer.

Arrêter de consommer jusqu’à l’épuisement

Mais, la production, la surproduction n’est pas neutre vis-à-vis de notre planète. La fabrication des textiles, et de nombreuses matières, surconsomme les ressources hydriques, et pollue les sols et les cours d’eau.

Sur un autre plan, la construction des produits technologiques de notre quotidien (smartphones, ordinateurs, …) ainsi que des éléments de notre transition écologique (panneaux solaires, voitures électriques, …), nécessite de grandes quantités de métaux rares…. Et ces ressources posent plusieurs problèmes fondamentaux.

  • D’une part, comme leur nom l’indique, elles ne sont pas inépuisables, et la possession de celles-ci (comme la détention d’un grand nombre de terres rares par la Chine) devient un atout stratégique sur le plan international …
  • L’extraction et la mise à disposition de ces éléments rares ont un impact environnemental qui vaut bien celui de l’extraction des énergies fossiles
  • Enfin, les stocks étant faibles, une surutilisation, maintenant, de ces précieux éléments engage la pérennité même de notre capacité à exploiter les technologies numériques à une échelle de quelques dizaines d’années. Les premières pénuries (Indium) sont annoncées dans moins de 15 ans …

Il est grand-temps d’arrêter avec la surconsommation, de jeter des produits finis conçus pour ne pas être réparables, et ainsi d’encombrer nos décharges en épuisant nos ressources.

L’indice de réparabilité pour mieux consommer

Cette préoccupation a touché un public beaucoup plus large que quelques spécialistes, et l’Etat même se positionne afin de pouvoir endiguer ce flot ininterrompu de production, consommation et gaspillage. A ce titre, le Ministère de la Transition Ecologique a mis en place un Indice de Réparabilité (article 16-I de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020), disponible depuis le 10 janvier 2021 sur 5 catégories de produits électroniques et électroménagers :

  • Lave-linge à hublot
  • Smartphone
  • Ordinateur portable
  • Téléviseur
  • Tondeuse à gazon électrique

Il a pour objectif, dans le cadre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, de permettre au consommateur d’être mieux informé sur le caractère plus ou moins réparable des achats qu’il réalise. Cet indice s’inscrit en droite ligne du Droit à la réparation, voté en mars 2020 par le Parlement Européen.

L’objectif du gouvernement est de faire progresser le taux de réparation d’appareils électriques et électroniques en panne de 40% en 2020 à 60% en 2025.

Cet indice se présente sous forme d’une note sur 10, associée à un code couleur, permettant de rapidement savoir si le produit que l’on souhaite acquérir s’inscrit bien dans cette approche circulaire, ou non.

Plus l’indice est élevé, plus le produit est réparable.

Il est calculé sur la base de 5 critères répartis en un peu plus de 10 sous-critères pondérés, autour des points suivants :

  • Disponibilité gratuite sur un nombre d’années des documents techniques
  • Facilité de démontage du produit, outillage nécessaire et caractéristiques des fixations.
  • Durée de disponibilité des pièces détachées et délai de leur livraison.
  • Prix de vente des pièces détachées par rapport au prix du produit.
  • Sous-critères propres à la catégorie de produits concernée.

 

Maintenant, que ce soit en ligne ou en magasin, le pictogramme doit être disponible pour les catégories de produits identifiées.

Au-delà de l’indice de réparabilité, des initiatives pour favoriser l’économie circulaire

Afin de favoriser la réparation des objets, certains pays européens ont mis en place des incitations fiscales. Par exemple, en Suède, la TVA est passée de 25 % à 12 % pour la réparation des vélos, réfrigérateurs, machines à laver et vêtements. Cette initiative a été aussi adoptée par le Luxembourg, la Pologne, les Pays-Bas, Malte, le Portugal et la Belgique.